LE CAS IVOIR-CAFÉ POUR LANCER ET RÉUSSIR L’APPROPRIATION PAR LA CÔTE D’IVOIRE DE SON DÉVELOPPEMENT ECONOMIQUE.

Intervenant :

Monsieur Thierry TAN
H.E.C. et Economiste, PDG de Ivoir-Café
Banquier international, ancien Directeur Général Adjoint de SIFCA (1er groupe africain d’exportation de café-cacao), Conseiller technique et financier de plusieurs Ministres, …

I. Analyse et Causes

- l’Afrique a aujourd’hui une économie du XVIIIème (exportation des seules matières premières) dont elle ne maîtrise pas les principaux paramètres (prix de ces matières fixés par les marchés du Nord et les Multinationnales utilisatrices)
- ses revenus sont en baisse constantes (les prix des matières premières sont à leur plus bas niveau depuis un siècle. Café vert : cours Londres en 95 : 2.775 FCfa, actuel : 420 Fcfa, soit moins 80% en 8 ans !)
- une première conséquence est l’endettement croissant, avec une charge de la dette (remboursement des intérêts) de plus en plus lourde (27% des recettes d’exportation de la Côte d’Ivoire !)
- cette situation a des conséquences telles que le chômage massif, qui engendrent la pauvreté, favorisent toutes les dérives que nous connaissons – délinquance, violence, instabilité institutionnelle et politique, … - qui elles-mêmes entraînent des effets pervers – délocalisation de sociétés, baisse et dégradation de la production, plus grande pression sur les prix payés aux producteurs, … - lesquels accélèrent et aggravent cette spirale infernale

II. Les Causes

- L’Afrique est riche, très riche même par la profusion de ses ressources naturelles, mais aussi par son potentiel humain (nombre, jeunesse, …)
- Mais les africains sont pauvres, très pauvres même, « gâtant » ainsi ce potentiel humain cité ci-dessus
- Cette situation s’est sans cesse aggravée depuis des décennies, alors que par exemple les pays d’Asie émergeaient et prenaient une place importante dans l’économie mondiale
- La raison en est que « l’Asie n’a rien, mais elle transforme tout, alors que l’Afrique a tout, mais elle ne transforme rien ! »
- Une première raison en est que l’Afrique a acquis son indépendance Politique, sans obtenir son indépendance Economique, qui lui a été confisquée par les grandes multinationales du Nord, de l’Europe principalement en l’occurrence, avec la complicité active des réseaux politico-financiers issus des ex-puissances colonisatrices tel celui dit « Françafrique »
- Une autre raison, conséquence de la précédente, est que sur la valeur ajoutée totale (salaires, protections sociales, amortissements des investissements, marges, impôts et taxes, bénéfices) générée entre la matière première à son état brut et le produit fini acheté par le consommateur final, seule une infirme partie revient au pays producteur (vraisemblablement moins de 5% dans le cas du café vert vers café soluble)

III. Le remède et ses effets

- TRANSFORMONS ! En effet, nous avons les matières premières, les hommes, et nous pouvons avoir la technologie, les moyens d’investissement et les débouchés comme le prouve Ivoir-Café. Nous pouvons donc nous approprier la part la plus importante de cette valeur ajoutée que nous évoquions précédemment
- Si nous ne le faisons pas immédiatement, d’autres le feront (Asie du S.E. notamment) et ils sera plus difficile de prendre le train en marche que d’en être la locomotive qui le lance.
- Les effets de cette industrialisation de nos ressources sur notre pays, et sur le continent seront immenses, et quasiment sans limite dans le temps du fait de la dynamique de progrès ainsi crée
- Ce sont d’abord les effets directs et immédiats :
· la transformation locale d’une partie de plus en plus importante de la récolte provoquera un effet levier sur les cours mondiaux (moindre quantité disponible à l’export => spéculation à la hausse sur les marchés)
· l’exportation directe des produits finis représente une manne formidable pour la Côte d’Ivoire (Ivoir-Café a passé des contrats de vente de toute sa production avec des grands distributeurs de Chine et du Japon, marché qui peuvent représenter jusqu’à 6 fois la production totale actuelle de la CI). Cela permettra à la Côte d’Ivoire de financer son développement sans faire appel à l’emprunt
· les planteurs se verront offrir un prix jusqu’à cinq fois supérieur au prix actuel, du simple fait de l’augmentation des cours, mais aussi du moindre coût de transfert entre le champs et le site de transformation
· les milliers d’emplois de tous niveaux créés, impacteront toute la population et offriront à de jeunes cadres des perspectives de carrière passionnante tout en restant au pays, et à tous de grandes possibilités d’évolution professionnelle
· l’accroissement des échanges avec de nouveaux marchés permettra de choisir plus librement nos sources d’approvisionnement, notamment en produits manufacturés, favorisant une moindre « cherté de la vie »
- à cela s’ajoute nombre d’effets indirects, mais tout aussi importants :
· la réussite de Ivoir-Café créera une grande émulation auprès des investisseurs, tant ivoiriens qu’étrangers, africains ou non, qui monteront en Côte d’Ivoire des usines du même type afin de transformer le maximum de matières premières et exporter les produits finis en bénéficiant des réseaux commerciaux établis par Ivoir-Café, et en en créant de nouveaux.
· C’est ainsi que ces énormes flux, physiques et financiers, seront les armes, toute pacifiques, de la Côte d’Ivoire pour devenir un grand centre industriel et financier international et lui (re)donner un rayonnement lui permettant de relancer son économie, mais également celles de l’ensemble de la sous-région dont elle reste le pays phare.
· ce boom économique, qui amènera de fait un important tourisme d’affaire, et qui aura nécessité une forte évolution de toutes les infrastructures (routières, ferrées, hôtelières, …) entraînera une très forte progression du tourisme de loisirs « 2ème industrie au monde ! »
· l’exemple du tourisme n’est que le plus important de toutes les activités connexes qui seront créées par l’augmentation de la demande en biens et services générée par l’augmentation du pouvoir d’achat de tous les acteurs des activités précédentes, favorisant ainsi une dynamique de croissance extraordinaire qui impactera toute la population ivoirienne, et au-delà les pays frères de la sous région, mais aussi, en ayant valeur d’exemple et de moteur, l’ensemble de l’Afrique

IV. Comment réaliser cela ? Quels blocages ? Comment les lever ?

- OSONS ! En effet, de par le long combat d’Ivoir-Café, nous sommes prêts à démarrer IMMEDIATEMENT cette extraordinaire entreprise, qui doit être considérée comme un enjeu national majeur par la Côte d’Ivoire
- Pour cela, tous les acteurs concernés ont seulement à décider que cela soit le cas. Ce sont :
· les institutions politiques qui doivent apporter leur soutien et leur capacité à insuffler la dynamique nécessaire
· les planteurs, maîtres des matières premières, qui doivent décider de s’impliquer et de (s’)investir dans cette aventure
· tous les ivoiriens, notamment les jeunes, dont c’est l’avenir et celui de leurs enfants qui se joue dans cette expérience, qui doivent faire pression sur les précédents pour faire avancer les choses
- en s’inscrivant dans le jeu, inéluctable aujourd’hui, de la mondialisation, tout en luttant contre les effets pervers de son ultra libéralisme, en utilisant ses propres méthodes et moyens, mais en les mettant au service des peuples (le Sud) considérés aujourd’hui comme de simples pourvoyeurs des matières premières nécessaires à l’enrichissement du Nord
- il serait contre-productif de faire l’amalgame entre les citoyens-consommateurs européens et les réseaux politico-financiers et leurs dirigeants inféodés aux multinationales, comme eux dans leur grande majorité ne font pas l’amalgame entre des dirigeants africains parfois corrompus, trop souvent conciliants, et leurs peuples dont ils connaissent les souffrances.
· Ces consommateurs sont au même titre que les planteurs les otages de ces multinationales, à qui ils payent de plus en plus cher des produits de nécessité dont ils savent que les énormes bénéfices ne profitent pas aux producteurs
· Il faut donc en faire des alliés, et cela apparaît aujourd’hui de plus en plus possible. On constate en effet en Europe une montée formidable de la prise de conscience de ces citoyens-consommateurs à travers deux phénomènes principalement :
. la montée en audience des mouvements alter-mondialistes qui font de plus en plus entendre leur voix lors des grands sommets internationaux (José Bové en est une des emblèmes)
. le succès grandissant du commerce « équitable » , qui assure une meilleure rémunération des producteurs du Sud, pour lequel les consommateurs acceptent de payer leurs produit sensiblement plus cher (Oxfam et Max Havelard ou Artisans du Monde sont les plus connus)
. ces deux phénomènes restent malheureusement très limités dans leurs effets actuels. L’un parce que s’il pose les bonnes questions et obligent les dirigeant du monde a en tenir compte un tant soit peu, ils n’apportent pas de solution à court terme, et le temps presse. L’autre parce que s’il apporte un mieux aux producteurs concernés, cela reste une forme d’assistance même si elle est pro-active, mais n’influe pas sur la structure des échanges Nord-Sud, ce dernier restant fournisseur des matières premières, ou d’objets manufacturés à faible valeur ajoutée
. cette alliance d’intérêts sera grandement facilitée par la solution qu’apporte Ivoir-café, en même temps que beaucoup plus productive, car non seulement elle inverse le système d’échange, au bénéfice du Sud, mais elle est de plus extrêmement incitative pour les producteurs à produire mieux et plus par une meilleure rémunération, mais aussi pour les consommateurs qui se verront proposer des produits de qualité au moins équivalente à un moindre prix et satisfaisant leur envie de plus grande justice dans une mondialisation qu’ils craignent eux aussi.

La Révolution Industrielle
Africaine, Ivoir-Café